On va y arriver

Publié le par Balmoral

mardi 9 septembre 2008, mis à jour à 16:26

Le gouvernement lâche du lest sur le fichier Edvige
Reuters

Le gouvernement s'est dit prêt à de premiers aménagements du fichier de police Edvige créé en juillet et qui suscite une mobilisation grandissante d'associations, de syndicats mais aussi des réticences dans la majorité et le patronat.

Il est question de limiter dans le temps le fichage des mineurs et peut-être de revoir la possibilité de mentions concernant l'orientation sexuelle des personnes fichées.

Le PS juge ces concessions insuffisantes et demande un débat parlementaire, tandis que le collectif d'opposants annonce une série d'actions pour le 16 octobre, jour de la Sainte-Edwige.

Ce fichier informatique recensera, selon sa présentation officielle, les personnes, "ayant sollicité, exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique ou qui jouent un rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif".

Y figureront aussi celles qui "en raison de leur activité individuelle ou collective sont susceptibles de porter atteinte à l'ordre public", y compris les mineurs à partir de 13 ans. La police pourra y mentionner des renseignements patrimoniaux et personnels, tels que les relations et l'orientation sexuelle.

Michèle Alliot-Marie s'est dite prête à limiter la durée d'inscription des mineurs, comme le souhaite la Commission nationale informatique et libertés (Cnil).

"Ce que je pense c'est qu'on peut limiter le temps pendant lequel les indications sont maintenues dans le fichier", a dit la ministre de l'Intérieur dans une déclaration à la presse.

Elle a par ailleurs proposé qu'un texte formalise les garanties de respect des libertés individuelles. "On peut les formaliser dans un texte, comme ça on aura la certitude que ces garanties existent bien", a-t-elle dit.

Rama Yade, la secrétaire aux droits de l'Homme, a de son côté dit espérer que le Conseil d'Etat, saisi par les opposants au projet, apporte des "clarifications" sur la mention possible de l'orientation sexuelle.

LES OPPOSANTS PROPOSENT LEUR PROPRE FICHE

Les associations et syndicats qui demandent la suppression du fichier ont annoncé auparavant une journée d'action le 16 octobre, jour de la Sainte-Edwige, et appelé leurs partisans à noyer le ministère de l'Intérieur sous les courriers.

Leurs représentants ont présenté mardi une parodie de fiche de police Edvige, qu'ils appellent à remplir et envoyer au ministère, avec la réponse à des questions.

Parmi ces questions ironiques : "Avez-vous été au cours de votre existence en contact avec un autre être humain ?", "avez-vous des amis, combien, vous sont-ils fidèles?", "existence d'une vie sexuelle (oui/non), dans l'affirmative précisez le nombre de vos partenaires".

Le 16 octobre sera l'occasion de "faire sa fête" à ce fichier, ont-ils dit lors d'une conférence de presse, promettant une série d'actions dont ils se refusent à dévoiler le détail.

Les protestataires disent avoir réuni plus de 130.000 signatures sur leur site http://www.nonaedvige.ras.eu.org.

Ils rejettent les arguments du gouvernement en soulignant qu'Edvige recensera davantage son prédécesseur, le fichier des Renseignements généraux officialisé en 1991, car les critères d'âge sont plus larges, ainsi que les conditions. La notion de personne susceptible de porter atteinte à l'ordre public, jugée vague, est plus large qu'avant, ajoute-t-il.

Le Conseil d'Etat examinera en décembre les recours déposés par une douzaine d'organisations pour obtenir l'annulation de la création de ce fichier. La décision sera rendue avant la fin de l'année.

Au contraire du Modem, le PS, auquel la droite impute la création en 1991 de "l'ancêtre" d'Edvige, sous le gouvernement Cresson, ne figure pas parmi ces requérants au Conseil d'Etat.

Sa secrétaire nationale chargée de la sécurité Delphine Batho a cependant demandé au gouvernement dans un communiqué de "retirer les décrets sur le fichier Edvige et d'organiser un grand débat parlementaire".

Thierry Lévêque et le Service France, édité par Pascal Liétout

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