Pagnol enfin au Français !

Publié le par Balmoral

Trente-quatre ans après sa disparition, Marcel Pagnol entre à la Comédie-Française avec "Fanny", dans une mise en scène qui gomme le pittoresque marseillais pour mettre l'accent sur le poids des convenances sociales promptes à sacrifier les élans de la jeunesse.

Second volet de la trilogie marseillaise de l'écrivain, "Fanny" raconte les affres d'une jeune fille enceinte abandonnée par son amant Marius et contrainte d'épouser un homme âgé, Panisse, pour sauver l'"honneur" de la famille. La pièce en trois actes se donne jusqu'au 31 octobre au Théâtre du Vieux-Colombier, une des trois salles du Français.

"Etrangement, Pagnol n'avait jamais été joué à la Comédie-Française", a déclaré à l'AFP Irène Bonnaud, la jeune metteur en scène qui a proposé à Muriel Mayette, administrateur général du théâtre public, de faire jouer "Fanny" par la troupe.

"Pagnol est un auteur très populaire, tellement proche qu'on ne fait pas l'effort de s'y intéresser. C'est injuste. Ses pièces sont complexes", considère Irène Bonnaud.

Pagnol, fils d'instituteur, n'a pas pour autant atteint la consécration suprême dans la maison de Molière: pour entrer au répertoire officiel, il faudrait qu'une de ses pièces soit montée dans la prestigieuse salle Richelieu. Muriel Mayette a bon espoir que "Fanny", pièce de "boulevard" créée en 1931, y parvienne un jour.

Pour monter "Fanny", Irène Bonnaud a délibérément renoncé à l'accent marseillais pour donner à la pièce une portée "universelle". "Mieux vaut pas d'accent du tout qu'un mauvais accent", a souligné la jeune femme qui signe là sa première mise en scène pour le Français.

Autre difficulté: échapper à la tentation d'imiter les interprétations d'origine gravées dans la pellicule en 1932. "Raimu incarne tellement le personnage de César! Il fallait se défaire des interprètes de la création. Les acteurs retenus ne leur ressemblent en rien", a indiqué le metteur en scène.

Gilles David incarne un César bourru, aussi longiligne que Raimu était large. Grande et blonde, Marie-Sophie Ferdane (Fanny) ne rappelle en rien la brune Orane Demazis. Catherine Ferran campe une Honorine énergique, Andrzej Seweryn un Panisse moins rond qu'il n'en a l'air.

Pas de reconstitution historique des années trente non plus, pour éviter le pittoresque et les images d'Epinal. La scène se déroule dans une période plus contemporaine, quelque part entre les années 70 et aujourd'hui.

Les dialogues de Pagnol sont vifs, amusants. La pièce, restituée dans sa quasi-intégralité, mélange le comique et le mélodrame, parfois dans le même acte, dans la même scène.

"On est dans la tradition du théâtre populaire, au service d'une oeuvre qui pose des questions sur le fonctionnement d'une communauté, le poids des traditions, les relations entre les générations, entre les hommes et les femmes", relève Irène Bonnaud.

Le décor joue sur des matériaux pauvres, triviaux, comme des cageots, de la toile cirée, des cartons de récupération. Une façon de renvoyer à l'art populaire, à l'art brut.

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