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Publié le par Balmoral

Christophe Régnard, élu le 11 octobre à la tête de l'Union syndicale des magistrats (USM), revient pour LEXPRESS.fr sur l'animosité entre Rachida Dati et les magistrats. Ils viennent de boycotter une visite de Rachida Dati à Metz et organisent une journée d'action le 23 octobre.

Ancien juge d'instruction à Nanterre, Christophe Régnard, 40 ans, est le nouveau président de l'Union syndicale des magistrats (USM). Son élection à la tête de la principale organisation professionnelle survient à un moment de forte tension entre la ministre de la Justice, Rachida Dati, et le monde judiciaire. Les magistrats viennent de boycotter une visite de Rachida Dati à Metz et organisent une journée d'action le 23 octobre.

Comment expliquez-vous ce divorce du corps judiciaire avec la ministre de la justice?

Le mal-être gagne l'ensemble des professions. Les avocats sont en colère, les surveillants de prison ont annoncé une journée d'action, et ce matin même j'ai reçu le soutien des psychiatres. La politique du coup médiatique permanent ne passe plus, d'autant que derrière, il n'y a ni les mesures nécessaires, ni les moyens.

N'êtes-vous pas en colère en raison de l'absence de Rachida Dati à votre congrès?

On aurait pu comprendre qu'elle ne vienne pas en raison d'un impératif. Là, elle nous a baladés toute la semaine, en laissant croire  qu'elle allait être présente, alors que dès le début elle savait qu'elle ne viendrait pas. C'est la première fois qu'un ministre est absent de notre congrès. C'est extrêmement maladroit. Son récent déplacement à Metz témoigne du même comportement. Elle prévient à 11h30 du matin de sa visite et elle veut que tous les magistrats soient là à 14h30...Ils ont juste un peu de travail. Résultat, elle a été boycottée.

Pourtant la garde des sceaux assure avoir de bons contacts avec les magistrats...

Elle va de temps en temps dans les juridictions. Mais il s'agit toujours de rencontres fermées. Elle tient un discours. Elle ne répond pas à des questions. Rachida Dati nous semble aujourd'hui déconnectée de la réalité du terrain. On a le sentiment d'une succession de réformes sans véritable cohérence. La loi pénitentiaire censée répondre au problème de la surpopulation carcérale va ainsi détricoter en partie la loi sur les peines planchers! Autre exemple: la carte judiciaire. Rachida Dati a réussi l'exploit de rendre détestable une réforme utile.

La ministre de la justice est elle-même magistrat. Comment expliquer cette incompréhension entre vous?

D'abord par son attitude envers les magistrats. Elle exerce des pressions sur les procureurs de la République, et elle applique une stratégie du bouc-émissaire qui révulse le corps. A Metz, après le suicide tragique d'un détenu, on a eu le sentiment qu'elle laissait entendre que le responsable était forcément à chercher parmi les juges. Cela a mis le feu à la magistrature!

Le divorce est-il irrémédiable?

Il y a une vraie rupture, mais elle ne vient pas de nous. On a l'impression d'être seuls. Pourtant nous avons joué le jeu. Nous avons rédigé des notes techniques à destination de la Chancellerie; elles n'ont servi à rien. Et on n'a plus vu la ministre depuis six mois. En plus le changement fréquent de conseillers au cabinet n'a rien arrangé. On voyait quelqu'un sur un dossier, deux mois plus tard il n'était plus là. Il fallait tout réexpliquer au successeur. Nous avons l'impression d'un affaiblissement considérable de la justice, c'est contre cela que nous nous mobilisons le 23 octobre. Il faut que Rachida Dati cesse sa communication permanente et travaille sur le fond des dossiers.

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Publié dans revue de presse

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