Un beau portrait
Portrait : Barack Obama, le conciliateur
Par tempérament autant que par habileté politique, le président élu recherche le compromis. Fort de ses origines multiculturelles, il se veut l’homme d’un nouveau consensus pour ressusciter le rêve américain
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C’était le 18 mars, à Philadelphie, dans un discours majeur sur la question raciale. En quelques mots, Barack Obama résumait son histoire. « Je suis le fils d’un homme noir du Kenya et d’une femme blanche du Kansas. J’ai été élevé en partie par un grand-père blanc qui, après avoir survécu à la Grande Dépression, servit sous les ordres de Patton durant la Seconde Guerre mondiale, et par une grand-mère blanche qui travaillait sur une chaîne de montage de bombardiers à Fort Leavenworth pendant qu’il combattait outre-mer. »
« J’ai étudié dans certaines des meilleures écoles d’Amérique, vécu dans un des pays les plus pauvres du monde, disait-il. Je suis marié à une Américaine noire qui a en elle du sang d’esclave et du sang de propriétaire d’esclaves – un héritage que nous transmettons à nos deux filles adorées. J’ai des frères, des sœurs, des nièces, des neveux, des oncles et des cousins de toutes races et de toutes couleurs de peau, dispersés sur trois continents, et jusqu’à mon dernier jour je n’oublierai jamais que mon histoire n’aurait été possible dans aucun autre pays du monde. »
Sept mois et quelques jours plus tard, sa victoire représente l’aboutissement d’une trajectoire exceptionnelle, de son enfance chaotique entre l’Indonésie et Hawaï, jusqu’à son enracinement à Chicago. Barack Obama, 47 ans, a toujours été conscient du lien quasi génétique existant entre son itinéraire personnel et celui de son pays.
Le fils ne reverra son père qu’une seule fois, à l’âge de 10 ans
Barack Obama est né en 1961, un an après la vague de sit-in et de marches non violentes des étudiants américains contre la ségrégation. Sa mère, Ann Dunham, étudiante à l’université d’Hawaï, avait rencontré Barack Obama senior, un étudiant africain, originaire du Kenya (voir son itinéraire en images).
Deux ans plus tard, il les abandonnera pour aller faire un doctorat d’économie à Harvard, avant de repartir en Afrique. Le fils ne reverra son père qu’une seule fois, à l’âge de 10 ans, et il apprendra sa mort, une dizaine d’années plus tard, par un coup de téléphone d’une tante au Kenya.
Barack Obama vit à Djakarta, entre 6 et 10 ans, après le remariage de sa mère avec un ingénieur indonésien. Incapable de lui payer des études à l’école internationale et inquiète de l’éducation qu’il reçoit dans les écoles locales, sa mère l’envoie à Honolulu chez ses grands-parents qui lui trouvent une bourse pour la Punahou Academy, la meilleure école privée d’Hawaï.
« Black » malgré lui
Après un premier job à Manhattan, Barack Obama débarque à Chicago en 1985, recruté sur une petite annonce pour un emploi d’animateur social à Developing Communities Project, une association de développement social. Le jeune déraciné découvre South Side, le quartier noir déshérité de Chicago, et construit son identité afro-américaine.
L’expérience communautaire comble le vide laissé par l’absence du père. Éloigné de la religion par une mère agnostique et ses instincts sceptiques, Barack Obama adhère à la Trinity United Church of Christ du pasteur Jeremiah Wright, connu pour sa théologie de la libération noire et afrocentrique.
En 1988, il part à la Harvard Law School dont il revient diplômé magna cum laude en 1991. Au cours d’un stage dans un cabinet d’avocats, il rencontre Michelle Robinson, elle aussi juriste diplômée de Harvard. Son mariage avec cette fille de contremaître noir, proche de la mouvance du maire de la ville, Richard Daley, achève de l’ancrer à Chicago, la ville tremplin de toutes ses ambitions.
Sa tendance au compromis semble instinctive
Barack Obama se fait élire en 1996 au Sénat de l’Illinois. En 2004, quatre ans après un échec cuisant pour un siège à la Chambre des représentants, il entre au Sénat des États-Unis.
Très vite, Barack Obama se révèle être un redoutable « animal politique », maître dans l’art de reformuler une question pour ménager les camps opposés. Plus qu’un simple opportunisme politique, sa tendance au compromis semble instinctive, presque un réflexe.
Le 2 octobre 2002, dans un discours devant des manifestants anti-guerre au centre de Chicago, il se prononce contre l’invasion de l’Irak en préparation, tout en prenant ses distances avec les pacifistes. « Je ne suis pas opposé à toutes les guerres », insiste le sénateur.
Décontraction, placidité, réserve distante
Pragmatisme ultime, il n’a pas hésité à renier certains engagements en décidant, en juin, de ne pas entrer dans le cadre du financement public de la campagne présidentielle qui a pour contrepartie le plafonnement des dépenses et l’interdiction d’utiliser des fonds privés.
Décontraction, placidité, réserve distante. Derrière l’apparente facilité, Obama dispose d’une sorte de gyroscope qui maintient ses réactions à niveau. Au fil de ses transformations, il cherche toujours à garder le contrôle.
« C’est notre moment »
Le président élu n’aime pas agir sous pression et ne renonce pas facilement à un plan. Avant de se faire une opinion, il fait sa propre recherche, sollicite l’avis d’experts, étudie les scénarios probables, élabore un plan et anticipe les objections.
« Il a le genre d’esprit qui fait son chemin à travers des questions complexes en écoutant et en donnant une légitimité à différents points de vue avant d’adopter le sien et ce point de vue embrasse la complexité », explique Anthony Lake, ancien conseiller à la sécurité nationale de Bill Clinton.
Avec Obama, l’expérience de la vie, le tempérament et les idées forment un tout, comme si sa biographie symbolisait le destin de l’Amérique. « C’est notre moment », a répété le président élu après sa victoire. Avec lui, c’est une nouvelle Amérique qui entre à la Maison-Blanche.
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| François d’Alançon |
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