Le tchèque et le slovaque sont considérés comme des langues différentes, bien que toutes deux présentent entre elles des différences minimes : un tchèque et un Slovaque peuvent, chacun dans sa langue, échanger des propos intelligibles à l’autre. Au contraire, certains dialectes suisses-alémaniques sont très différents de l’allemand moderne et la connaissance de cette langue ne garantit pas une compréhension, même approximative, de ces dialectes. Ils n’en sont pas moins considérés comme des dialectes de l’allemand.
«Per lo gardar daissèri crema la lampesa...»
S’agit-il d’une langue ou d’un dialecte? En fait, cette phase (qui signifie «pour le garder, je laisserai brûler la lampe») est tirée de l’occitan, considéré comme un dialecte, mais dont les locuteurs se battent pour lui faire reconnaître le statut de langue, d’où l’importance des «félibres» (poètes de langue d’oc). Le poète Frédéric Mistral (1830-1914), chantre de la Provence, mettra toute son énergie à redonner à l’occitan son rôle d’antan.
Comme on le voit, il n’existe aucun critère linguistique permettant de répondre à une telle question : la seule observation du fonctionnement interne d’un parler ne suffit pas pour le classer parmi les langues ou les dialectes.
Les dialectes représentent-ils un état dégénéré d’une langue ? Sont-ils un chaos de formes prises à droite et à gauche, sans règles grammaticales, c’est-à-dire sans organisation ? Bref, un dialecte était-il le produit de l’ignorance qui pousse les gens à «mal parler» ? Le terme de «patois», synonyme de «dialecte» formé au XIIIe siècle, ne vient-il pas d’ailleurs de «patte», «pataud», soulignant ainsi l’aspect grossier et peu compréhensible du parler patoisant ? Peu importe, puisque ce n’est qu’au début du XIXe siècle qu’une nouvelle discipline, la dialectologie, a découvert et démontré le caractère systématique et organisé des patois, qui sont des parlers à part entière.
Une question de statut
Si la différence entre un dialecte et une langue n’est pas résumable à quelques critères linguistiques sûrs, à quoi tient-elle ? Sur quelles bases s’appuient donc les mouvements qui luttent pour que leur parler soit considéré comme une langue et non plus comme un dialecte?
Jusqu’à la fin du Moyen Age, la langue d’oc disposait d’une littérature abondante et d’un prestige supérieur à celui du francien, la langue d’oïl, qui est pourtant devenue la langue nationale de la France, reléguant l’occitan au rang de dialecte.
Ainsi la différence essentielle réside dans le statut social et juridique reconnu à un langage. Un dialecte désigne communément un parler utilisé dans une région linguistique qui emploie, en plus, un autre parler appelé langue (voir PlurieLire du 17 mars 2008).
Bien entendu, la spécialisation des dialectes et des langues dans une fonction sociale déterminée fait que certaines parties de leur vocabulaire sont plus développées que d’autres. La langue standard qui existe sur le plan national est utilisée dans les domaines officiels, artistiques, scientifiques; elle jouit par conséquent d’un vocabulaire intellectuel plus élaboré. En revanche, des dialectes parlés à la campagne disposent d’un vocabulaire beaucoup plus riche en matière d’agriculture ou d’élevage.
De telles différences dans la richesse du vocabulaire ne sont pas éternelles : toute langue ou tout dialecte peuvent fort bien se développer. Lorsque le dialecte de l’Ile-de-France est devenu la langue française, il a dû acquérir peu à peu les très nombreux mots et expressions correspondant à son nouveau statut de langue officielle.
Des dialectes qui meurent
ou qui vivent
L’attitude des gens vis-à-vis de leur dialecte est déterminante. S’ils le sentent dévalorisé socialement, ils auront tendance à l’abandonner.
C’est ainsi que la bourgeoisie française du XIXe siècle estimait que le fait de parler en patois empêchait les gens de s’exprimer correctement en français. De nombreuses difficultés scolaires chez les élèves étaient attribuées à la pratique des dialectes, dont on pensait qu’ils empêchaient le développement des structures et des facultés intellectuelles. Aujourd’hui, on s’efforce de les sauver! La plupart des dialectes qui ont disparu, victimes de la centralisation du pays, renaissent, cultivés surtout dans les rangs de la vieille génération qui a su conserver ses dialectes intacts et vivants afin de les transmettre à la jeune génération.
Mounira AOUADI