Pas facile tout ça

Publié le par Balmoral

Ottawa plaide sa cause

Mise à jour le mardi 3 février 2009 à 10 h 24


L'ambassadeur canadien à Washington, Michael Wilson, a écrit lundi aux sénateurs américains pour les exhorter à abandonner les dispositions du projet de relance économique de Barack Obama qui pourraient nuire aux relations commerciales entre les deux pays et à respecter les accords commerciaux en vigueur.

Le Capitole, siège du Congrès américain

Photo: La Presse Canadienne /AP/J. Scott Applewhite

Le Capitole, siège du Congrès américain

« Le Canada juge que certains éléments de la loi que vous étudierez cette semaine sont protectionnistes et contraires aux objectifs de relance économique que le projet de loi est destiné à soutenir », a-t-il écrit dans une lettre adressée aux leaders démocrate et républicain du Sénat, Harry Reid et Mitch McConnell.

L'ambassadeur canadien ajoute que le Canada s'inquiète de l'effet de contagion que de telles mesures pourraient avoir sur l'économie mondiale. Michael Wilson évoque même la poussée de mesures protectionnistes qui a entraîné un recul des transactions commerciales internationales dans les années 30.

Si les dispositions protectionnistes sont adoptées, « les États-Unis perdront l'autorité morale pour faire pression sur les autres pour qu'ils n'adoptent pas des politiques protectionnistes », indique le diplomate canadien. M. Wilson rappelle ensuite que les économies du Canada et des États-Unis sont étroitement intégrées.

Extrait de la lettre de Michael Wilson

Un tiers du commerce transfrontalier entre le Canada et les États-Unis est le fait d'entreprises qui sont présentes des deux côtés de la frontière; et les deux tiers s'inscrivent dans des chaînes d'approvisionnement. Des biens d'une valeur de 1 million de dollars transitent à la frontière chaque minute, et environ 7 millions d'emplois américains dépendent du commerce avec le Canada. Qui plus est, les États-Unis tirent un surplus des exportations de biens manufacturés vers le Canada.

Nous sommes votre plus important client. Si l'un de nos gouvernements devait mettre en place de nouvelles barrières ou des préférences [commerciales] en ce moment, cela entraînerait des coûts accrus et un fardeau supplémentaire pour les entreprises, causerait des retards, et perturberait et fausserait la façon dont les entreprises se sont organisées des deux côtés de la frontière et réduirait la compétitivité en Amérique du Nord. Cela aura pour effet des pertes plutôt que des créations d'emplois.

Nous reconnaissons les inquiétudes au sujet des « fuites » - de l'argent public permettant de créer des emplois dans d'autres pays. Toutefois, nos deux pays fabriquent des biens ensemble; et notre chaîne d'approvisionnement est complètement intégrée. Ces inquiétudes doivent être soupesées en fonction des coûts réels pour nos économies et notre trésor public respectifs et de la liberté de circulation des biens et des services.

En vertu de la clause Buy American contenue dans le projet de loi adopté par la Chambre des représentants la semaine dernière, les entreprises américaines qui bénéficieront de fonds publics dans le cadre de contrats d'infrastructures devront acheter leur acier et leur fer aux États-Unis.

Le Sénat, qui a commencé à se pencher sur sa propre version du projet de loi lundi, envisage la possibilité que cette disposition soit étendue de manière à inclure tous les biens manufacturés à l'aide de deniers publics. Des exemptions sont prévues si les firmes américaines ne répondent pas à la demande, où si cette exigence fait grimper le coût total d'un projet de 25 %.

Ces amendements ont été présentés par des membres démocrates du Congrès, ce qui place le président américain dans une situation délicate. Barack Obama a dit qu'il allait reconsidérer cette disposition, mais sans s'engager davantage.

Lundi, le ministre canadien du Commerce international, Stockwell Day, s'est dit très inquiet des conséquences potentielles du plan de relance américain. Le Canada, a-t-il précisé, souhaite trouver une solution au problème « avant que le président [Obama] n'arrive au Canada. » Sa visite est prévue le 19 février.

Des entreprises en péril au Québec

Selon une coalition d'entreprises canadiennes, au moins 2000 emplois dans le secteur de l'acier au Québec et d'autres milliers, ailleurs au Canada, pourraient disparaître en raison du plan des démocrates à Washington. Au Québec, une soixantaine d'entreprises de transformation de l'acier emploient 6000 personnes.

Sylvie Boulanger, de l'Institut canadien de la construction en acier, qui représente entre autres les fabricants de charpentes, estime que cette clause n'est qu'une solution à court terme pour les États-Unis. « À long terme, à peu près aucun économiste ne va vous dire que ça rapporte à une industrie, à un pays », soutient-elle.

Si la clause est adoptée, des pays comme le Canada pourraient la contester, mais il s'agit d'un long processus. Yan Cimon, professeur de stratégie au département de management de l'Université Laval, croit fort possible que des recours soient encore devant les tribunaux au moment où la clause Buy American, qui est temporaire, prendra fin.

Un émissaire à Davos

Pour tenter de calmer la grogne internationale sur son plan qui favorise l'achat aux États-Unis, le président Obama a dépêché un représentant au sommet économique de Davos. Le quotidien The Globe and Mail rapporte que le ministre Day s'est dit modérément optimiste après avoir parlé avec l'émissaire américain.

Les exportations canadiennes d'acier vers les États-Unis valaient 11 milliards de dollars en 2007. Les entreprises québécoises de transformation de l'acier exportent chaque année aux États-Unis des matériaux destinés à la construction, notamment des poutres et des charpentes, d'une valeur d'environ 500 millions de dollars.

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Publié dans revue de presse

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