Et en Belgique ?
F.Ds
Mis en ligne le 13/02/2009
Ce soir, à Mons, le Festival international du film d’amour (FIFA) lancera les bobines de gala de sa 25e édition. Et pourtant, son président Elio Di Rupo se souvient, comme si c’était hier, des circonstances de sa création. Pour autant qu’on lui laisse deux minutes pour sortir de sa réunion précédente, le temps de regarder les quelques cadres posés sur son bureau rouge et blanc du boulevard de l’empereur, les photos, de son père mineur, de sa maman et de lui en compagnie de Justine Henin et d’Annie Girardot au FIFA.
"C’était en 82 - 83, je m’en souviens vraiment très bien. Je travaillais au cabinet de Philippe Busquin, je venais d’être élu conseiller communal à Mons, et je cherchais à créer un évènement dans le domaine culturel, accessible aux vieux, aux jeunes, aux gens démunis comme à ceux qui ont des moyens financiers. Mon comparse de l’époque était Bruno Deblander, qui, travaillant au service de presse (NdlR, aujourd’hui, responsable de la communication de la RTBF), a eu cette idée d’un festival du film d’amour. On était au début de l’ère néolibérale. Pour Thatcher, Reagan, tout ce qui relevait de l’affectif était accessoire, ce qui comptait dans la vie, c’était de ramasser des sous. On voit où cela nous a conduits. La Saint-Valentin n’était quasiment plus fêtée. On a contacté des distributeurs mais on ne nous connaissait pas ; alors, ils n’avaient aucun film à nous confier. Grâce à Philippe Reynaert, qui était critique à l’époque, et bien connu des distributeurs, on a réussi à en convaincre quelques-uns. On a monté une première édition au cinéma Clichy, grâce à Melle Drighe qui en était propriétaire et qui nous a toujours aidés. Le premier festival s’est déroulé en 85, dans une seule salle, avec une dizaine de films au programme. J’ai fait ainsi trois années avec Philippe. On faisait tout, on allait chercher les films, on les montait, on s’occupait de la salle, on allait acheter le mousseux le moins cher et des flûtes en plastique. Je me souviens, le patron des commerçants montois m’avait confié une clef, on l’introduisait dans un boîtier et tout Mons s’éclairait. C 'était magique. Je n’ai jamais eu autant de puissance dans mon existence."
L’époque héroïque est désormais lointaine, l’évènement a pris. "Ensuite, André Ceuterick est venu nous rejoindre, il a su faire grossir la manifestation avec l’équipe de la province de Hainaut. Aujourd’hui le festival rassemble 30 000 spectateurs. Pas forcément des cinéphiles, 50 pc des gens ne vont au cinéma qu’au moment du festival. Ils viennent pour le plaisir, du film et du moment après - car les gens sont invités à prendre un verre après la séance. Il y a une ambiance, c’est très convivial. On a reçu plus de mille invités dont Jean Rochefort, Lauren Bacall, Charlotte Rampling, Lambert Wilson C’est un évènement culturel reconnu en France, au Québec, en Afrique. On n’a plus de difficulté pour avoir les films."
Mort à Venise, Billy Elliot
Aujourd’hui la difficulté pour Elio Di Rupo, c’est plutôt d’en voir, des films. "Depuis que je suis ministre, c’est devenu très difficile. Il y a le DVD, mais j’ai du mal. Je n’aime pas regarder un film à la télé, je préfère la salle, ce n’est pas qu’une question de taille de l’écran mais de magie de la salle. Comme disait Victor Hugo, "On est seul ensemble". Je suis un spectateur qui oublie qu’il est au cinéma, je rentre dans le scénario, je ris, je pleure."
Depuis le premier, "Ben-Hur" à Morlanwelz, certains films l’ont marqué plus que d’autres.
"Mort à Venise", "La liste de Schindler", "Philadephia" ont compté dans mon existence. "Billy Elliot" aussi, parce que cela me rappelait un peu mon enfance. J’aime bien le néoréalisme italien, Fellini, et je me réjouis de voir apparaître une nouvelle génération de cinéastes politiques italiens. Je me souviens qu’on avait montré "Il Postino" à Mons, un film merveilleux sur la métaphore. "Brokeback Moutain", c’est un moment charnière dans l’histoire américaine. Ce film montre une réalité que tout le monde veut ignorer. Qui d’autre que le cinéma peut réaliser cela ? Qui peut ouvrir les esprits de cette façon ? Le cinéma est le vecteur culturel le plus puissant et le plus accessible, même si cela devient un peu cher."
Que lui inspire la situation du cinéma belge, reconnu, célébré dans les plus grands festivals du monde et ignoré par son pays ? "Vraiment, nul n’est prophète en son pays, se désole Elio Di Rupo . On a toujours tendance à penser que l’herbe est plus verte de l’autre côté de la frontière. Je n’aime pas le mot chauvinisme mais on manque un peu de fierté par rapport à ce qu’on fait. Il y a un travail à faire pour que nos films puissent être appréciés aussi chez nous. Il y a le marketing, mais ce sont aussi des œuvres d’art, il faut pouvoir donner les clefs qui permettent de les apprécier. Et ils ne doivent pas être montrés que dans les salles "art et essai", on doit pouvoir leur réserver des écrans des multiplexes."