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Publié le par Balmoral

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Une autre Eglise est possible




Depuis quelques mois, des signes venant de Rome nous inquiètent. L'évolution imprimée par Benoît XVI dans l'Eglise catholique nous paraît s'éloigner des intuitions du concile Vatican II et de tout ce qu'il a fait naître, tant à l'intérieur qu'en dehors du monde catholique. Même certains engagements forts de Jean Paul II semblent aujourd'hui mis entre parenthèses. Dix-huit mois après l'élection de Benoît XVI, son pontificat est décevant pour ceux qui espéraient une dynamique nouvelle pour l'Eglise catholique.
Ainsi, dans le domaine des relations de l'Eglise catholique avec les autres religions du monde, nous ne comprenons pas la suppression, en tant que structure indépendante, du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux. L'absence de célébration marquante, donc en présence du pape, des vingt ans de la première rencontre prophétique d'Assise confirme ce sentiment. Pour se garder du spectre du syncrétisme, le pape semble vouloir limiter les échanges au minimum. Ses efforts reconnus pour contrer la violence des religions vont de pair avec une difficulté à les rencontrer. Au lendemain de son célèbre Discours de Ratisbonne, Benoît XVI a certes lancé en direction des musulmans des messages d'amitié, mais ira-t-il au-delà des nécessités diplomatiques ? La méfiance semble de retour, spécialement envers l'islam. Et tandis que les relations s'améliorent avec les Eglises orthodoxes, l'œcuménisme est en panne avec les Eglises nées de la Réforme. Le monde n'a jamais autant eu besoin de confiance mutuelle entre les confessions, et au premier chef des trois se réclamant du Dieu unique, le judaïsme, le christianisme et l'islam. Dans l'institution elle-même, la création de l'Institut du Bon-Pasteur à Bordeaux, pour faire revenir au bercail quelques prêtres intégristes et leurs fidèles, le retour en grâce annoncé de la liturgie pré-conciliaire manifestent une orientation du pontificat inquiétante. On ne voit pas quel renouveau attendre de la réintégration de ce courant nostalgique d'un autre temps, témoin arrogant du folklore plutôt que de la vitalité du catholicisme. Et la messe en latin ne supprimera pas l'ennui et le climat languissant si souvent déplorés dans la liturgie en français.
Ces enjeux dépassent de très loin les questions ecclésiales. Les propos d'un pape résonnent aujourd'hui sur la planète aux oreilles de « tous les hommes de bonne volonté », selon l'expression de Jean XXIII dans l'adresse de l'encyclique Pacem in Terris (1963). Plus qu'un pasteur, Benoît XVI doit assumer le rôle d'un acteur politique mondial majeur, à la suite de son prédécesseur. Et tous ces hommes de bonne volonté sont donc en droit de lui demander des comptes.
Au-delà de l'expression de nos critiques et de nos déceptions, le temps est venu de réaffirmer, clairement et fortement, nos convictions.

Nous pensons que le monde a besoin d'une Eglise catholique vraiment universelle, c'est-à-dire destinée à tous. Aujourd'hui, nombre de nos contemporains ne se sentent pas ou plus concernés par l'appel catholique. Du fait de leur état de vie ou de leur orientation sexuelle, ils sont exclus de tout ou partie des activités de l'Eglise. Pourtant, beaucoup en partagent les valeurs et – n'est ce pas l'essentiel ? – la foi en Jésus-Christ ressuscité pour sauver toute l'Humanité. Une Eglise dogmatique se prive de bras et de cœurs. Elle ignore les réalités de la société actuelle. Enfin, elle donne à voir un visage peu conforme à l'image du Christ, dont la générosité lui vaut un respect universel.
Nous pensons que le monde a besoin d'une Eglise catholique vraiment ouverte au débat. Comment un message unique peut-il être entendu utilement sur les cinq continents ? Voulue par le concile Vatican II, la collégialité épiscopale est de fait oubliée. Les services de la Curie décident, affirment et parfois condamnent depuis Rome. La création de l'Institut du Bon-Pasteur, au mépris de l'avis de l'évêque de Bordeaux et de l'Eglise locale, en est le dernier exemple. Les conférences épiscopales en France et dans le monde, et chaque évêque en particulier, semblent impuissants devant cette dérive.
Quant à la collaboration des laïcs aux affaires de l'Eglise – encore une idée conciliaire –, elle semble davantage contrainte et forcée, en raison de l'absence de prêtres, que voulue et encouragée, quand elle n'est pas battue en brèche par certains prêtres.
Nous pensons que le monde a besoin d'une Eglise catholique ouverte à toutes les diversités de ce monde. Elle ne doit pas imposer partout le modèle de l'Occident chrétien. Une cérémonie chantée et dansée en Afrique est aussi signifiante qu'un office en latin. Une messe donnant envie de se réjouir et d'applaudir vaut au moins autant qu'une assemblée de mains jointes et de tristes mines. Des laïcs, femmes et hommes, ont une place à trouver devant les assemblées, aux côtés des évêques et des prêtres. Une théologie d'engagement social mérite la considération, au même titre que la promotion de l'adoration eucharistique. C'est de diversité dont l'Eglise a besoin, de diversité acceptée et même suscitée, pour faire droit à la pluralité des besoins spirituels et religieux de ce temps.
Nous pensons que le monde a besoin d'une Eglise catholique qui ne revendique pas de régime de faveur. S'il a façonné le Vieux Continent, le christianisme en est aujourd'hui un des courants de pensée, et pas le moins influent. C'est en dialoguant avec les autres religions, philosophies et cultures, et en acceptant la confrontation avec leur vision du monde et de l'Homme, que le christianisme trouvera toute sa place, et non pas en affirmant une prééminence revancharde et nostalgique. Les contacts avec les croyants et les non-croyants sont une nécessité pour une communauté ouverte et mature.
Nous pensons que le monde a besoin d'une Eglise catholique qui encourage les chrétiens à s'engager dans la vie politique, syndicale et associative. Hier, des catholiques français inventaient l'hôpital public, l'école gratuite pour les pauvres et les ancêtres des ONG. Aujourd'hui, nombre de croyants se portent aux avant-postes des combats pour la dignité et la justice. Les soutenir doit être une priorité pour l'Eglise catholique.

Dans l'esprit du concile Vatican II, nous appelons à ce que s'opère la convergence de tous ceux qui veulent œuvrer au renouveau de l'Eglise catholique.
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Publié dans revue de presse

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