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Publié le par Balmoral

"Les paradis fiscaux, c'est le dopage de l'économie mondiale"
Propos receuillis par Julie de la Brosse -  03/07/2009 17:02:00 
Bogdan Cristel / Reuters
 

Deux Tours de France se croiseront cette année à Monaco, en Andorre et en Suisse. Moins connu que la compétition cycliste, le "Tour de France des paradis fiscaux" a pour objectif de sensibiliser l'opinion publique aux dérives de la finance. Les explications de Jean Merckaert, à l'origine de la manifestation avec un collectif d'ONG. 

Le Tour de France est un évènement sportif qui n'a pas grand chose à voir avec les problématiques fiscales, pourquoi y associer la lutte contre les paradis fiscaux ?

Cette année est symbolique puisque le Tour de France traverse trois grands paradis fiscaux : Monaco, Andorre et la Suisse. Si le Tour s'est déjà arrêté dans des pays frontaliers, une telle concentration de paradis fiscaux dans son tracé est une première.

Le Tour de France des Paradis Fiscaux est organisé par le collectif d'ONG "Paradis fiscaux et judiciaires" dont fait partie le Comité catholique contre la faim et pour le développement CCFD-Terre Solidaire, Attac, Survie, le Secours catholique, le Syndicat national de la magistrature, le Syndicat national unifié des impôts....

Ensuite, le timing semblait favorable puisque dans quelques jours se tiendra le sommet du G8, et en septembre prochain aura lieu le G20, où la question des paradis fiscaux sera bien sûr à l'ordre du jour. Pour autant il ne s'agit pas de s'opposer au Tour de France qui est un événement sportif que nous n'avons pas l'intention de perturber. Pour la métaphore pourtant, le dopage est au Tour de France ce que les paradis fiscaux sont à l'économie mondiale...Chacun à leur façon ils organisent la triche. Et la légitiment.

Enfin, la lutte contre les paradis fiscaux n'est pas une course d'un jour mais une course par étape, comme le célèbre tour. Le G20 en a été le prologue, mais la route est loin d'être terminée. C'est entre autre pour cette raison que nous avons voulu réaliser ce « Tour de France des paradis fiscaux ».

Quelles seront vos actions ?

A Monaco, nous organisons dès vendredi un « contre la montre » contre les paradis fiscaux. Une trentaine de coureurs amateurs membres des associations du collectif d'ONG « Paradis fiscaux et judiciaires », dont fait partie la CCFD- Terre Solidaire, défileront à la frontière monégasque. Ils seront déguisés en palmiers. L'objectif sera d'illustrer notre cause. Ensuite, nous irons dans les rues faire du tractage, avec des banderoles et des animations tout le long du Tour.

Quel est l'objectif de ce tour de France des paradis fiscaux ?

Il s'agit de sensibiliser les populations et les gouvernements. L'idée est de continuer sur la lancée du G20 pour que les engagements pris soient suivis de faits. Par ailleurs, nous essaierons de faire passer certains messages comme la banalisation de l'échange automatique d'informations ou encore la fixation de vraies listes grises et noires qui prendraient également en compte les paradis judiciaires comme la Grande Bretagne.

Les spectateurs du Tour de France sont-ils vraiment les personnes à qui s'adresser?

La majorité des citoyens pensent que les paradis fiscaux sont des questions qui ne les concernent pas. En réalité, elles correspondant à de vraies problématiques citoyennes. Car il s'agit de contournement des lois nationales et de remise en cause de leur démocratie. Chaque année en France, entre 40 et 50 milliards d'euros s'évaporent des caisses de l'Etat. Cela correspond à deux fois le déficit de la Sécurité sociale. Pour les pays en voie de développement, les sommes perdues sont pharaoniques. Elles sont estimées entre 500 et 800 milliards de dollars chaque année par la Banque mondiale. Un chiffre qui représente 10 fois l' aide au développement mondial vers ces pays.

Les citoyens ont donc un rôle à jouer dans cette dénonciation. Les comités d'entreprise ont, par exemple, le pouvoir de faire auditer leurs firmes, de leur demander des comptes. Si les salariés étaient davantage sensibilisés alors il pourraient agir. Ensuite, il est toujours possible de se retirer de sa banque quand, à l'image la BNP, celle-ci détient de nombreuses filiales dans des paradis fiscaux. Cela pourrait mettre fin à l'hypocrisie générale qui entoure ces questions fiscales.

De quelle hypocrisie parlez-vous ?

L'hypocrisie des Etats et des gouvernements des pays riches. Comme la France qui dénonce ces paradis fiscaux mais qui ne fait rien pour auditer les entreprises basées sur son territoire. Ou qui n'hésite pas à organiser le célèbre Tour de France dans des pays classés sur les listes « grise » ou « noire » de l'OCDE.

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Publié dans revue de presse

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