Ah les braves gens

Publié le par Balmoral

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Fronde, malaise ? Malgré les appels à l'unité exigés par l'Elysée, les relations se tendent entre les parlementaires UMP et le gouvernement. Dans l'hémicycle, comme dans le parti, députés et sénateurs veulent s'émanciper.

Mardi 21 octobre, lors d'une commission exécutive de l'UMP consacrée à la crise, des élus avaient brisé le consensus affiché par les dirigeants pour souligner le décalage entre le positionnement du parti et les inquiétudes des Français, en particulier sur leur pouvoir d'achat. "Le parti veut débattre de la réforme du capitalisme. Nous ne sommes pas dans notre rôle. L'UMP doit rester un parti proche du terrain et apporter des réponses aux problèmes de la vie quotidienne des Français", avait fustigé Axel Poniatowski. Visant les "ateliers du changement", ces plateformes de débat mises en place par le parti pour débattre autour d'experts, notamment de la refonte du capitalisme, le député du Val-d'Oise avait estimé que l'UMP était "à côté de la plaque". "Les Français ont besoin d'explications. Sur le plan de sauvetage des banques, sur le revenu de solidarité active et le bouclier fiscal, ils n'ont pas compris. C'est à nous de faire de la pédagogie au lieu de phosphorer sur des grands débats internationaux sur lesquels d'autres instances sont beaucoup plus compétentes que nous." D'autres élus avaient embrayé pour souligner l'incompréhension des citoyens sur les "les prix à la pompe qui ne baissent pas et sur les 360 milliards d'euros accordés aux banques". "Ils ne comprennent pas pourquoi l'Etat, qui ne cessait de marteler que les caisses de l'Etat étaient vides, est capable de débloquer une telle somme", ont fait valoir les élus.

Un sondage Ifop-Le Monde-Acteurs publics et La chaîne parlementaire (réalisé auprès d'un échantillon de 967 personnes les 16 et 17 octobre) conforte leur analyse : 77 % des sondés se disent "inquiets pour l'économie française", 51 % estiment que le gouvernement a trop tardé à parler de la gravité de la crise aux Français.

Mercredi 22 octobre, François Fillon s'est efforcé de rassurer les parlementaires qu'il recevait à Matignon, affirmant que "des mesures seraient prises pour soutenir le pouvoir d'achat des Français, en particulier des plus modestes". Le premier ministre a rappelé que les "prêts aux banques" n'étaient pas des cadeaux mais bien "des prêts à 8 %". M. Fillon a eu, en revanche, le plus grand mal à dissimuler son agacement à l'égard du patron des députés UMP, Jean-François Copé, présent à ses côtés, qui revendique un rôle "de coproduction législative". Irrité par la série de camouflets infligés par les députés et sénateurs sur la loi Boutin, puis la prime aux transports, le premier ministre a tenté de remettre chacun à sa place : "Le fait qu'il y ait une révision de la Constitution ne veut pas dire qu'on a changé de République", a-t-il fait valoir, précisant encore : "On est dans un système politique où c'est le gouvernement qui fait ses propositions et engage le débat avec le Parlement. Et c'est dans cet ordre que les choses doivent se passer".

M. Copé a quitté Matignon sans un mot. "On n'est plus des godillots", a commenté pour lui le député du Nord, Marc-Philippe Daubresse. Quelques heures plus tard, plusieurs députés UMP votaient, contre l'avis du gouvernement, "l'amendement Tapie" visant à soumettre à l'impôt, à partir de 200 000 euros, les indemnités perçues au titre de "préjudice moral" sur décision de justice. Une nouvelle preuve de coproduction législative.

Christophe Jakubyszyn et Sophie Landrin
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Publié dans revue de presse

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