Tant mieux tant mieux
Par Reuters, publié le 19/02/2009 à 19:14 - mis à jour le 20/02/2009 à 07:57
OTTAWA - Les Etats-Unis et le Canada, deux grands pays émetteurs de gaz à effet de serre, sont convenus jeudi de coopérer sur de nouvelles technologies "vertes" dans l'énergie pour combattre le réchauffement climatique.
Barack Obama et le Premier ministre canadien Stephen Harper. Le président américain, qui effectue sa première visite à l'étranger, est arrivé à Ottawa pour tenter d'apaiser les craintes canadiennes sur le protectionnisme et signer un accord de coopération sur les technologies "vertes" dans l'énergie. (Reuters/Larry Downing)
Cet accord a été annoncé à Ottawa lors de la visite de Barack Obama, qui, conformément à la tradition, avait réservé au Canada le premier déplacement à l'étranger de sa présidence.
Le président des Etats-Unis et le Premier ministre canadien, Stephen Harper, se sont parallèlement engagés à renouveler les liens historiques unissant leurs deux pays.
Obama s'est efforcé d'apaiser les Canadiens, rendus inquiets par la clause dite du "Buy American" (Achetez américain) présente dans le plan de relance de l'économie d'un montant de 787 milliards de dollars qu'il a promulgué mardi.
Le plan prévoit des investissements dans les infrastructures publiques pour lesquels doivent être utilisés de l'acier et des matériaux produits aux Etats-Unis.
Harper avait annoncé qu'il chercherait à obtenir des garanties à propos de cette clause. Les entreprises canadiennes exportent près des trois quarts de leur production vers les Etats-Unis.
"C'est un gros risque pour le monde aujourd'hui. Si quelque chose peut aggraver la récession en dépression, c'est bien l'adoption de mesures protectionnistes dans le monde entier", avait-il déclaré sur CNN.
"Nous sommes à présent dans une période où il nous faut être très prudents face à tout signal de protectionnisme", lui a répondu Obama lors de la conférence de presse commune clôturant ce sommet.
"J'ai pleinement confiance dans le fait que les Etats-Unis respecteront ces obligations (internationales) et continueront d'être en position de pointe sur la nécessité d'un commerce mondialisé", a dit le chef du gouvernement canadien.
L'accord de coopération technologique sur l'énergie porte notamment sur la capture et le stockage du dioxyde de carbone, un gaz à effet de serre.
La capture du carbone, qui consiste à stocker le CO2 sous terre avant qu'il ne se diffuse dans l'atmosphère, n'est toutefois pas encore une technique viable au plan économique.
SÉCURITÉ ÉNERGÉTIQUE
Obama, qui souhaite voir son pays en pointe dans la lutte contre le réchauffement climatique, et Harper ont précisé que cet accord permettra à leurs deux pays d'extraire des énergies fossiles, comme le pétrole et le charbon, en polluant moins.
"Nous pouvons donner à nos économies un meilleur rendement au plan énergétique. Cela économisera l'argent des consommateurs et celui des entreprises et aura l'avantage supplémentaire de renforcer notre sécurité énergétique", a plaidé Obama.
Le Canada et les Etats-Unis, "en tant que pays relativement riches, doivent donner l'impulsion", a-t-il ajouté, tout en soulignant que la participation de la Chine et de l'Inde était "absolument indispensable" pour lutter contre les changements climatiques.
Les deux dirigeants n'ont pas annoncé de mesures vers la mise en place d'un système de limitation des émissions de gaz à effet de serre et d'échange de quotas CO2 ("cap and trade").
Une possible remise en cause de l'Accord de libre-échange nord-américain (Alena) entre Etats-Unis, Canada et Mexique, esquissée par Obama au cours de la campagne des primaires démocrates 2008, avait également suscité des remous à Ottawa.
Le président américain était revenu par la suite sur cet engagement à demi-mots et le Canada a interprété ces postures successives comme des manoeuvres politiques.
Le commerce tripartite entre Etats-Unis, Canada et Mexique a été multiplié par trois depuis l'entrée en vigueur de l'Alena en 1994, à près de mille milliards de dollars.
Jeudi, Obama a dit souhaiter l'engagement de discussions pour incorporer des clauses sociales et environnementales à l'Alena sans, a-t-il ajouté, que cela ne nuise aux relations commerciales.
Ces clauses existent déjà, mais figurent en annexe. "Ce qui me frappe, a dit Obama à Ottawa, c'est que si ces annexes ont une signification, alors elles peuvent aussi bien être intégrées au corps du texte, de sorte qu'elles puissent être efficacement mises en oeuvre."
Harper s'est dit favorable au renforcement des clauses sociales et environnementales, mais a ajouté qu'il ne souhaitait pas pour autant renégocier l'accord.
Version française Jean Décotte, Henri-Pierre André et Gregory Schwartz