Nouvelle Calédonnie prochain lieu de crise ?
La SLN au cœur de la crise
| « Nous devons tout faire pour durer le temps de la crise, et plus longtemps que les autres ». La SLN par la voix du directeur général Pierre Alla, a dévoilé les mesures proposées face au repli du marché, telles qu’une réduction de l’activité de 10 % par un recours au chômage partiel. « Aujourd’hui, il ne faut pas produire plus, il faut produire moins cher. » Car « l’heure est grave » avec un cours du nickel au London Metal Exchange sous la barre des 10 000 dollars US la tonne, des stocks haut perchés, bref une demande broyée par la profonde crise internationale. Suite à la réunion du conseil d’administration il y a une semaine à Paris, puis à celle du comité d’entreprise, assez houleuse, avec les syndicats hier matin, Pierre Alla a présenté en fin de journée les propositions de mesures afin que la SLN traverse la tempête. L’équation se veut mathématique. Au départ fixé par belle météo à 62 000/64 000 tonnes en 2009, l’objectif de production moyen, vu l’état du marché et ses perspectives brumeuses, a été ramené à 50 000 tonnes, soit moins 20 %. Soit autant, théoriquement, de baisse d’activité sur les mines que dans l’usine. Or le plan porte sur « une réduction du nombre d’heures travaillées dans l’entreprise d’environ 10 % », note le directeur général de la Société Le Nickel. Parce qu’il faut « laisser une chance à la reprise », mais aussi rattraper le retard accusé dans certains domaines comme « l’exploration géologique », « les travaux de maintenance » ou « d’environnement »... Cette action de chômage partiel - le chômage total n’est pas aujourd’hui envisagé - pourrait se traduire par une coupe de 10 % du volume horaire de chacun des 2 500 employés, du DG au gardien. Sauf intervention institutionnelle, le bulletin de salaire en souffrira. L’effort demandé aux sous-traitants aura, de plus, des impacts sur les marchés calédoniens. « Nous avons une grande chance à la SLN, c’est d’aborder la crise les caisses pleines et sans dette » Autre mesure, le remplacement du personnel partant à la retraite serait limité. 150 à 200 salariés arrêtent de travailler chaque année. « Il ne s’agit pas de supprimer leurs postes, remarque Pierre Alla, mais dans certains cas, nous pouvons laisser des postes vacants un mois, deux mois ». A ces actions proposées, s’ajoutent des programmes déjà démarrés visant une baisse des frais de fonctionnement, des coûts de production, des reports d’investissements... D’après le directeur général, et contrairement à des concurrents, « nous avons une grande chance à la SLN, c’est d’aborder la crise les caisses pleines et sans dette ». Caisses remplies de plus de 100 milliards de francs. Or, selon le patron, « nous perdons 100 millions par jour ». Bref, en deux ans, la manne se serait évaporée ou presque. Le plan global proposé permettrait d’économiser une trentaine de milliards de francs sur l’année, dont deux à trois milliards uniquement à caractère social. La société du nickel mettrait donc encore, malgré tout, quelques milliards par an de sa poche. Reste à discuter et adopter ces axes-là. Une fois soumises et étudiées par le comité d’entreprise, ces mesures jugées d’urgence seront observées par l’Inspection du travail, puis par le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie qui tranchera. Lancé aujourd’hui, le long processus pourrait s’achever fin avril-début mai. Soit en pleine effervescence des élections provinciales. Drôle de hasard. Les syndicats et partis politiques entreront dans la danse. Avec des exportations constituées de nickel à plus de 95 % aussi bien en volume qu’en valeur, les décisions à la SLN marqueront, quoi qu’il en soit, l’économie calédonienne. Ce sérieux tour de vis chez le premier employeur privé du territoire ne devra pas néanmoins, il faut l’espérer, affecter le moral des autres acteurs économiques. Yann Mainguet et David Martin, à Paris |
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