L'inconséquence, maladie bien française
Deux ans déjà ! Bientôt vingt-quatre mois que Nicolas Sarkozy a été élu président de la République. Avec le quinquennat, et compte tenu d'une dernière année où l'on prépare déjà l'élection suivante, autant dire qu'il est à la moitié de son mandat « utile ». Et le sondage que nous publions aujourd'hui montre qu'il aborde cette seconde partie du quinquennat sur des bases solides. Non seulement il caracole toujours en tête des candidats de 2007, mais il creuse l'écart avec Ségolène Royal. Avec 28 %, il n'est pas très loin de son résultat du premier tour (31 %), le meilleur score jamais obtenu par un candidat de droite depuis... Valéry Giscard d'Estaing en 1974.
Ces trois petits points de perdus sont la marque d'« une érosion due à l'exercice du pouvoir, et à la crise », relativise Jérôme Fourquet de l'Ifop (Institut français d'opinion publique). L'important pour Nicolas Sarkozy est d'avoir réussi à fidéliser son électorat, ce que relèvent aussi d'autres sondages qui, eux, portent sur le taux de satisfaction recueilli par le président : jamais, même aux pires moments, celui-ci n'est descendu sous son étiage du premier tour. Une différence notable avec Jacques Chirac et François Mitterrand qui, eux, avaient perdu une partie de leurs troupes dans les brusques tournants qu'ils avaient imprimés peu après leurs élections respectives.
La crise le sert
Le président est crédité du fait d'avoir respecté ses promesses (sauf sur le pouvoir d'achat), tenu son rôle pendant la présidence de l'Union européenne et sur la scène internationale. En outre, la crise le sert, paradoxalement. « Pour l'électorat de droite, note Jérôme Fourquet, le pays doit se rassembler dans la tempête autour du capitaine. Il y a un réflexe légitimiste. »
Bénéfice de la politique d'ouverture ? Aucune alternative ne se dégage, ni dans son camp, ni à gauche. L'UMP est toujours sous contrôle, en dépit des velléités d'un Villepin ou des coups de griffes d'un Juppé. À gauche, en revanche, le PS n'en finit pas de se remettre du congrès de Reims, semble plus que jamais coupé en deux et sous la pression d'une extrême gauche qui effectue une véritable percée dans ce sondage. Pour le plus grand plaisir là encore de Sarkozy, qui rêve de voir Besancenot être à la gauche ce que Le Pen fut à la droite.
Percée de Bayrou
Mais comme rien n'est jamais parfait, le président doit aussi compter avec la percée d'un François Bayrou qui, comme aux plus beaux jours de sa campagne en 2007, fait presque jeu égal avec Ségolène Royal. Après l'avoir longtemps ignoré et méprisé, Sarkozy est décidé à « s'occuper » de Bayrou. On ne cache guère à l'Élysée qu'il pourrait s'agir du candidat le plus dangereux s'il parvenait à se qualifier au second tour.
Le second tour... Non testé dans ce sondage, c'est peut-être là que le bât blesse pour Nicolas Sarkozy. Car si celui-ci rassemble son camp, il « clive » plus que jamais pour ou contre sa personne et sa politique. Sa chance est pour l'heure de voir se multiplier les « candidats anti-Sarko » potentiels (Villepin, Bayrou, Royal, Aubry...) sans qu'aucun d'eux ne parvienne à dessiner une alternative crédible. Or le temps presse. Autre risque pour le président sortant : la sortie de crise, un souci presque obsessionnel à l'Élysée. Sans doute la reprise économique aura-t-elle lieu avant la présidentielle, peut-être dès l'année prochaine. Mais la courbe du chômage sera, elle, beaucoup plus longue à s'inverser. Or, se représenter avec trois millions de chômeurs ne serait pas forcément du meilleur effet... Déjà évoqué plus haut, Giscard avait payé cher en 1981, et le rejet de sa personne, et la montée du chômage.
Remaniement limité
Tel que l'on connaît Nicolas Sarkozy, on peut aisément imaginer qu'il ne restera pas inactif. À court terme, il va s'engager dans la campagne européenne - à travers un ou deux meetings avec Angela Merkel, notamment. L'UMP partant de très bas (16 % en 2004) et le PS (28 %) de très haut, le résultat ne peut qu'être honorable pour la formation présidentielle, espère-t-on à l'Élysée. Puis viendra le remaniement, comme toujours avec Sarkozy, plus limité que ne le laissent croire les incessantes rumeurs.
Mais pas question de changer tout de suite de Premier ministre, peu usé et qui bénéficie lui aussi d'une cote très enviable après deux années passées à Matignon. « Il faut un Premier ministre pour appliquer le programme et mener les réformes, puis un autre pour préparer l'élection suivante », nous confiait Nicolas Sarkozy en mars 2007. Le changement de locataire à Matignon n'aura donc pas lieu avant les élections régionales de 2010, voire en 2011. Pour mieux préparer une élection présidentielle à laquelle Nicolas Sarkozy ne dit plus ne pas vouloir se présenter. Mais qui en doutait vraiment ?
