Il sait ce qu'il veut
Etats-Unis - Pour sa première conférence de presse en prime time, le président a haussé le ton...
De notre correspondant à Los Angeles
Une grosse heure de conférence et des réponses de plusieurs minutes... Le changement version Obama arrive dans la press room de la Maison Blanche. Lundi en prime time, le président répondait pour la première fois aux questions des correspondants des grands médias américains à Washington. Sans surprise, l’économie et le plan de relance ont dominé les échanges.
Cette conférence était l’occasion d’expliquer le plan aux Américains. Obama l’a ouverte en racontant l’Amérique aux membres du Congrès, au cas où ces derniers seraient déconnectés «de la pire crise depuis la dépression». Il a relaté sa visite, un peu plus tôt dans la journée, à Elkhart, une petite ville de l’Indiana sinistrée par un taux de chômage qui a triplé en un an pour atteindre 15,3%. Le président l’a martelé: «Pour ces millions d’Américains, pour tous les pays attendant qu’on prenne nos responsabilités, on ne peut s’offrir le luxe de l’inaction. Si on ne fait rien, cette crise pourrait se transformer en catastrophe.»
Pour convaincre le Congrès d’adopter le gigantesque plan de relance de 800 milliards de dollars «aussi vite que possible», Obama a rappelé quelques chiffres: 598.000 emplois ont été détruits en janvier et 3,6 millions en un an. «Ca s’accélère», prévient-il.
Premier objectif du plan, qui mélange les allégements fiscaux et les dépenses dans les infrastructures, les énergies alternatives et l’éducation: stopper l’hémorragie. «Sauver et créer quatre millions d’emploi», est le critère via lequel Obama mesurera son efficacité –prudent, il ne se risque pas à donner un calendrier, prévenant qu’il ne faut pas attendre d’embellie «avant 2010».
Ne voulant pas déflorer la conférence de presse de son secrétaire au Trésor, Tim Geithner, mardi, il a cependant promis de tout faire pour «débloquer le flux du crédit» en dépensant au mieux les 350 milliards restants du plan de sauvetage de Wall Street. Cette somme suffira-t-elle?, lui demande un correspondant. Obama refuse de s’avancer et promet simplement «la plus grande transparence possible».
Derrière les vœux pieux d’unité et de bipartisanisme, Obama découvre la dure réalité de Washington: seuls trois sénateurs républicains sont venus soutenir le plan lundi, permettant de franchir le dernier obstacle avant son adoption mardi. La raison principale, au-delà des querelles idéologiques: les élections de mi-mandat, dans deux ans, lors desquelles il sera plus facile d’attaquer l’échec d’un plan auquel ils n’auraient pas participé.
De l’autre côté, Obama doit faire avec les démocrates, ultra-majoritaires à la Chambre des représentants, qui apprécient peu les coupes réalisées au Sénat pour satisfaire les républicains. Obama a-t-il sous-estimé la difficulté de la tâche? «Non», rejette-t-il. «Les mauvaises habitudes sont difficiles à changer, mais je suis un éternel optimiste».
S’il entend «continuer à tendre la main», Obama a cependant distribué quelques crochets, expliquant «avoir un peu de mal à recevoir des leçons de responsabilité de la part de ceux ayant laissé tripler le déficit budgétaire». Il ironise: «J’ai peut-être fait l’erreur d’inclure des réductions d’impôts dans le plan. J’aurais dû laisser les républicains les proposer pour qu’ils puissent en réclamer les lauriers».
Trois des treize questions ont porté sur la politique étrangère. L’occasion pour Obama de répéter que des discussions diplomatiques directes avec l’Iran étaient «à l’étude». Et d’afficher sa fermeté envers l’Afghanistan qui n’a «pas encore réalisé les mêmes efforts qu'en Irak». «Je ne vais pas laisser Al-Qaïda et Ben Laden agir impunément et attaquer les Etats-Unis», a-t-il insisté.
Enfin, une conférence de presse d’Obama ne serait pas complète sans une question de sport. Le président a dit sa «tristesse» après les aveux d’Alex Rodriguez. La star du baseball a reconnu lundi avoir utilisé des stéroïdes entre 2001 et 2003. Le président philosophe: «La leçon pour les enfants est que dans la vie, il n’y a pas de raccourci». Pour faire adopter un plan à 800 milliards non plus.